Le remariage chretien possible dans l' Eglise orthodoxe



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4.4 La procédure de remariage

Le remariage dans l’Église orthodoxe est avant tout une solution pastorale à une situation de crise matrimoniale d'un mariage échoué.

D'une manière générale, la procédure de remariage dans le droit canon orthodoxe est semblable à celle du premier mariage religieux si nous faisons abstraction des périodes de pénitence qui sont conseillées aux futurs conjoints.

Cependant, quelques conditions doivent être observées avant de procéder à un deuxième mariage religieux :

1.     La nécessité de l'obtention de la pénitence

Une personne qui désire se remarier religieusement doit d'abord obtenir le sacrement de la pénitence[1] de la part de l'Église.

2.     La procédure d'obtention du sacrement de pénitence

     une demande est adressée à l'évêque du lieu. Dans cette demande, le requérant explique sa situation matrimoniale et demande de recevoir le sacrement de pénitence.

     l'évêque analyse la demande et dans le cas d'une décision favorable il est procédé au sacrement de pénitence. Les ex-conjoints qui sont reçus individuellement par l'évêque présentent les problèmes qu'ils ont rencontrés durant leur mariage, ainsi que les raisons qui les ont poussés au divorce. Dans le meilleur des cas, l'évêque donne l'absolution de la violation des promesses entre les époux et chacun peut se remarier de son côté.

L'Église désire être une aide pour ses fidèles dans tous les moments de leur vie. Par une approche pastorale, à cause de la faiblesse humaine, en suivant Saint Paul quand il dit : « S’ils ne peuvent vivre dans la continence, qu'ils se marient» (1 Cor., 7,9), l'Église accepte de célébrer un deuxième mariage. Il faut rappeler la doctrine orthodoxe qui soutient que la dissolution du mariage ne crée pas automatiquement le droit de se remarier.  Il peut même arriver, pour une raison grave, que l'évêque conseille à un divorcé de ne pas se remarier.

Dans le cadre de la procédure du remariage chez les orthodoxes, le prêtre a un rôle d'accompagnement pastoral et spirituel en même temps. Selon la tradition orthodoxe, chaque fidèle doit avoir un père spirituel qui le guide dans sa vie personnelle. Le lien du prêtre avec les fidèles est très serré notamment par les moments réguliers de la confession des péchés, confession sans laquelle, le fidèle ne peut pas communier. Dans ces moments de rencontre, face à face, le père spirituel de par son expérience familiale est en mesure d'apprendre aux fidèles comment ils doivent vivre le mariage. Il n'est pas rare qu'un prêtre orthodoxe parle publiquement de son expérience personnelle, de ses enfants. De lors, il est plus facile pour un prêtre orthodoxe, alors qu'il est marié, d'apprécier et de comprendre certains enjeux du mariage, par rapport à un prêtre catholique qui, n'étant pas marié, doit apprendre aux autres comment vivre le mariage.

Avant le mariage,  les futurs époux doivent impérativement rencontrer le prêtre qui doit d'abord leur expliquer le sens du mariage chrétien. Cette rencontre n'est pas une simple démarche administrative au cours de laquelle sont réunis les documents nécessaires au remariage, comme par exemple, l'accord de l'évêque.

Les fidèles ont le devoir de communiquer au prêtre, lors de leur remariage, l'état dans lequel ils se trouvent, à savoir, s’ils se remarient religieusement pour la première, voir la deuxième fois. Dans le cadre de la simple procédure actuelle de remariage, il n'existe pas un moyen de contrôle du nombre des mariages que chaque fidèle a conclus dans le passé. Dès lors, dans les grandes paroisses, il peut arriver qu'un quatrième mariage soit célébré à l'Église, à l'insu du prêtre et par l'omission de la vérité de la part des époux.

S'il y a des empêchements pour la célébration du mariage, ou si les personnes concernées ont une conception qui n’est pas semblable à la signification authentique de l’Église orthodoxe, il doit refuser de bénir leur union.

Les empêchements pour le remariage, comme pour le mariage, sont :

·        le lien de la parenté du sang

D'après le droit canon en vigueur à Constantinople, il est interdit d'épouser une personne avec laquelle il y a un lien de parenté de sang, jusqu’au septième degré. Une dispense peut être accordée pour ce septième degré. En Russie, un décret du synode de 1810 restreint le mariage jusqu’au quatrième degré. À remarquer que cette limite était usuelle déjà au synode de Trullo qui précise le même degré d’empêchement dans le canon 54. Les liens de parenté adoptive ont les mêmes effets restrictifs, que la parenté de sang.

·        l'âge des ceux qui veulent se marier

Le synode de Constantinople de 1882, précise l'âge minimal du mariage : dix-huit ans pour les hommes et quatorze ans pour les femmes. Au pôle opposé, Saint-Basile-le-Grand interdit le mariage d'une femme qui a plus de soixante ans.

Actuellement, afin de garantir la possibilité de l'accomplissement moral et physique du mariage, l'âge minimal prescrit pour les futurs époux est de dix-huit ans pour les hommes et seize ans pour les femmes. Si l'épouse n'est pas majeure, elle doit demander le consentement de ses parents. Saint-Basile-le-Grand, dans le canon 42, accuse de perversion, les mariages qui sont célébrés sans le consentement préalable des parents, dans le cas des mineurs. Un mariage conclu sans consentement des parents est déconsidéré jusqu’au moment où le consentement des parents est donné.[2]

 

·        la différence confessionnelle

Dans le passé le mariage avec des hérétiques était interdit. Aujourd'hui, les mariages avec des personnes d'une autre confession chrétienne sont acceptés à condition que le conjoint non orthodoxe s'engage à respecter la religion orthodoxe et aussi à baptiser et élever les enfants issus d'un tel mariage, dans l'esprit de l’Église orthodoxe.

·        Les restrictions de la fonction sacerdotale

Ceux qui se sont mariés deux fois religieusement depuis leur baptême ou ont épousé une veuve ne peuvent pas accéder à la prêtrise. Les prêtres et les diacres ne peuvent pas se marier ou remarier après leur ordination. Dans le cas où ils deviennent laïcs, le remariage leur est permis.

Le remariage civil doit toujours précéder celui religieux, condition sans laquelle, le remariage ne peut pas avoir lieu.

Le mariage religieux ne peut pas être célébré dans un de ces jours ou périodes : le mercredi et le vendredi, le 15, le 28 et le 29 août, le 14 septembre, une semaine avant le carême, pendant tous les quatre carêmes principaux,  une semaine après la fête de Pâque, dans la période qui se trouve entre la 25 décembre et 7 janvier.

Le statut canonique du mariage

         La célébration du mariage contient deux parties : les fiançailles et les noces, qui sont célébrées en même temps par le prêtre. La partie essentielle de cette cérémonie est la bénédiction du prêtre par le couronnement des époux. D'après le rite byzantin, le couronnement des époux est la consécration même du mariage. Au cas contraire, « si quelqu'un se marie sans cette bénédiction, le mariage doit être nul » disait Léon VI en 895.

         Le décret synodal de Mihail Anchialos, en 1177, dit que le mariage n'est pas constitué par la volonté des deux contractants, mais par la bénédiction du prêtre et par la célébration même.

         Athenagoras Y. Peckstadt,  évêque orthodoxe de Sinope soulignait, lors du colloque de Louvain en 2005, une différence du concept de mariage entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe.  Alors que chez les orthodoxes le sacrement du mariage peut être célébré seulement par un prêtre ou un évêque, chez les catholiques, il peut être célébré par un prêtre, un évêque, voire même par un laïque. Le rôle du prêtre n’est pas le même lors de la célébration du mariage, dans les deux confessions.

         «L’Église catholique romaine affirme que le mariage est, pour ainsi dire, réalisé par les conjoints eux-mêmes, lorsqu'ils consentent l'un à l'autre. Dans l’Église orthodoxe, c'est le prêtre ou l'évêque qui bénit le mariage et qui, au nom de la communauté, invoque Dieu, lui demandant d'envoyer l'Esprit Saint (épiclèse) sur l'homme et la femme, et les faisant donc "une seule chair". Dans cette perspective, le mariage est, pour l’Église orthodoxe, plutôt un chemin spirituel, une recherche de Dieu, le mystère d'unité et d'amour, l'anticipation du Royaume de Dieu, plus tôt qu'une exigence de la procréation » disait-il.

Plus l'autorité de celui qui célèbre le mariage est grande, plus les époux sont censés comprendre que le mariage n'est pas un jeu. Dans la conception orthodoxe, le fait que le mariage doit être célébré impérativement par un prêtre ou  par un évêque, non pas par un laïque, confère au sacrement une plus grande valeur, une plus grande prise de conscience de la part des époux.
Il y a une différence de conception du sacrement : dans le monde catholique, le prêtre est un simple témoin privilégié au consentement libre des époux, consentement qui fait le mariage, alors que dans le monde orthodoxe, le principal rôle revient au prêtre qui célèbre le sacrement par le couronnement et l’invocation du Saint-Esprit sur les futurs conjoints. Il est intéressant de remarquer que l’indissolubilité du mariage orthodoxe n’est pas brisée, en pratique, ni même par la mort, puisque, dans le cas d’un remariage d’une veuve ou d’un veuf, l’Église, d’un côté impose une période de pénitence et d’un autre côté ne considère pas ce deuxième mariage comme sacramentel.

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[1]    Le sacrement de pénitence, consiste à donner à quelqu'un l’absolution des pêchés qu’il a commis.

[2]    Le contenu du canon est en concordance avec la doctrine de la législation civile gréco-romaine de l'époque, qui exigeait un consentement préalable au mariage pour les mineurs et les esclaves, de la part de leurs parents (pater familias) ou de la part de leur maître. Justinien dans Digeste fait dépendre la légalité du mariage du consentement du père. Les personnes majeures n'ont pas besoin d'un tel consentement. FLOCA, I., Canoanele Bisericii Ortodoxe, note si comentarii, Sibiu, 2005, p. 411

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