Eglise orthodoxe et l'echec du mariage - divorce


4. L’Église orthodoxe par rapport à l'échec du mariage

L'interprétation des textes bibliques comme le contenu des normes canoniques  divergent entre l'Occident et l'Orient. Ceci explique partiellement les positions spécifiques des Églises catholique et orthodoxe, au sujet de l'indissolubilité du mariage, du divorce et de la possibilité de se remarier. La position de l'Église par rapport à l'échec du mariage  a évolué en  matière de l'indissolubilité, car  depuis les Pères de l'Église et jusque l'année 1000,  la situation n'était pas clarifiée.[1]

L’Église orthodoxe, comme l’Église catholique, se heurte aux problématiques de l’évolution de notre société.  La stabilité et la permanence du mariage sont menacées par une désaffection croissante à l'égard de toute idée d'engagement à vie, ainsi que par un manque de confiance dans les formes institutionnelles.

4.1   Le sacrement du mariage et son rapport au divorce

Dans l'Orthodoxie, le mariage est indissoluble et unique, de par son appartenance au Christ et au Royaume. Si l'Église est si intransigeante,   c'est pour nous persuader  que le mariage n'est pas un jeu et que dans les moments difficiles de la vie d'un couple il faut faire des efforts  ensemble. Le combat de l'Église contre le divorce exerce une influence salutaire pour toute la société.
 

Le lien peut être rompu seulement par la mort. Dans certains cas particuliers, comme l'adultère, par exemple,  la séparation des époux ainsi que le remariage sont acceptés, en vertu du principe dit «d’économie». «L'Église ne « reconnaît » ni n' « accorde » un divorce. Ce dernier est considéré comme un péché grave, mais l'Église n'a jamais cessé d'offrir une "nouvelle chance" aux pécheurs, et elle a toujours été disposée à les accueillir à nouveau, du moment qu'ils étaient repentants ». [2]

Comme je vais le développer plus loin, le principe orthodoxe d’économie ne s'identifie pas à une simple acceptation pragmatique d’une inévitable différence entre la théorie et la pratique.  En pratique, « l'aire où s'applique l'économie ne saurait être définie, ni délimitée. Tel métropolite, tel synode d'une Église autocéphale agira librement, sans que sa décision engage les instances hiérarchiques voisines ».[3]

La notion traditionnelle orthodoxe de l'économie, qui est traduite en français par le mot miséricorde, ou encore, compassion ne doit pas être interprété comme un antidote du concept de fidélité absolue. Il n'est pas synonyme à une dispense de l'indissolubilité du sacrement du mariage. Il ne s'agit pas à une pure tolérance, mais plus tôt  d'une condescendance, philanthropie divine.[4]

Selon les canons en vigueur dans, elle est comprise comme étant: « la suspension d'une application absolue et stricte des directives canoniques et ecclésiastiques dans la direction et dans la vie de l'Église, sans que soient compromises pour autant les limites imposées par le droit. La mise en oeuvre de l'économie n'est réalisée que par l'autorité ecclésiastique compétente et ne vaut que pour des cas concrets ».[5]

Ce principe se base sur la différence théologique entre l’Église et le Royaume dans la pensée orthodoxe. Même si l’indissolubilité appartient au mariage en sa visée eschatologique, l’Orthodoxie accepte le fait que, l’Église ne s'identifiant pas au  Royaume de cieux, elle peut admettre l’échec de certains couples, et ainsi permettre le remariage.

D'un point de vue scripturaire, le remariage du mari coupable avec une autre personne était interdit, jusqu’à la mort de l'époux (épouse) innocent(e). Un conjoint coupable n'avait pas le droit d'épouser une personne qui avait provoqué le divorce. Au VIe siècle, du temps de l'Emperor Justinian, le mariage de l'époux coupable commence à être permis, pour autant qu'une période de plus de cinq ans se soit écoulée depuis son divorce.

Le divorce ecclésiastique est admis par l’Église orthodoxe et provoque ainsi la cassure complète du mariage religieux.

Le protopresbytre Alexis Kniazeff présente avec originalité l'essentiel de la doctrine et de la pratique de l’Église orthodoxe en matière de mariage et remariage:

         «C'est parce que dans le sacrement du mariage, l'amour entre l'homme et la femme reçoit son accomplissement ultime, que l'Église considère que l'idéal pour les chrétiens ne peut être qu'un mariage unique.

Condescendent à la faiblesse humaine, elle admet un second et un troisième mariage: le rituel des secondes et troisièmes noces est moins solennel que celui des premières et comporte des prières de pénitence. Le droit canon exclut l'éventualité d'un quatrième mariage et l'Église refuse de le bénir [...].

Le divorce est en effet un péché contre la foi et contre l'engagement dans l'amour. C'est aussi un péché contre le sacrement célébré puisqu'il mène à la destruction de cette une seule chair que le sacrement crée, c'est-à-dire la nouvelle réalité de la grâce que sont devenus les époux bénis par l'Église.

C'est pourquoi L'Église  orthodoxe n'admet le divorce que dans des cas bien définis, par exemple dans le cas du péché d'adultère, montrant ainsi qu'entre les époux l'amour et l'unité humaine ont complètement disparu par le fait du péché. Elle ne permet pas et ne reconnaît pas le divorce par consentement mutuel. Et si le divorce est inévitable, elle peut imposer une épithémie (pénitence) à la partie fautive en lui interdisant un nouveau mariage pendant un temps assez long. Après divorce elle ne bénit un éventuel nouveau mariage que sur sanction de l'évêque. »[6]

Une précision s'impose pour la dernière partie du texte cité, concernant le divorce par consentement mutuel. D’une manière générale cela est vrai sauf quand les deux époux décident de divorcer, car ils veulent se dédier complètement à la vie ascétique.[7]

L'attitude l’Église orthodoxe vis-à-vis du divorce est confirmée par un grand canoniste roumain, Nicodim MILAS qui affirme que le lien matrimonial conclu religieusement peut être défait seulement par la mort ou encore par l'adultère, qui par lui même est plus puissant que la conception de  l'Église a concernant l'indissolubilité du mariage. Il détruit la base morale et religieuse du mariage. L'adultère est la mort elle-même, mais sous une autre forme.[8]

H. Wattiaux, professeur de théologie morale à l'Université catholique de Louvain, affirme qu'une loi permissive peut devenir une loi persuasive. Il est bien vrai que le divorce doit être considéré comme un possible ferment qui est en mesure de détruire la vie conjugale.

Du même avis est  Joseph HERKENROTH: « La simple possibilité de divorcer peut le provoquer. Une fois qu'il est permis, le divorce progresse. Le divorce étant institué comme un moyen pour diminuer le nombre des familles désorganisées, on a constaté le contraire: le  nombre des divorces  a augmenté ». [9]

L'hiérarchie de l'Église d'Orient accorde plus d'importance à la grâce, à l'accueil, à la compréhension et à la miséricorde alors que l'Église latine met l'accent sur la loi.

Le premier mariage est  une véritable bénédiction de Dieu et un vrai sacrement. L'Église accepte le deuxième et le troisième mariage, sans les appeler sacrements, mais hiérurgies.  Même le remariage des veufs ou des veuves n'est plus un sacrement comme le premier mariage.  La célébration d’un quatrième remariage est interdite, sans exception.

Le rituel du second mariage, est différent ce celui du premier mariage. Il est plus court, moins solennel et inclut des lectures de pénitence qui invitent les conjoints à une réflexion approfondie sur leur passé et sur leur avenir. Athenagoras Y. PECKSTADT affirme: « ....en ce qui concerne le point de vue orthodoxe dans la problématique complexe du divorce et d'un éventuel remariage, il faut dire que tout cela est imprégné de sagesse. Elle souligne la valeur prioritaire du mariage chrétien durable et unique. Ce qui ne signifie pas que cette durabilité doive être vue en toutes circonstances comme le simple respect d'une décision juridique. »

L'Église reconnaît l’existence du mariage civil, mais il est incomplet sans le mariage religieux qui le sanctifie. Dans certains états majoritairement orthodoxes, comme la Grèce, le mariage religieux a des effets juridiques.

L'indissolubilité du lien matrimonial cesse après la mort physique d'un des conjoints ou bien par l'adultère commis par un des deux époux. L'adultère est la première raison qui a permis le divorce, selon la Bible. (Mt. 19, 9)

Le divorce est le remariage est accepté actuellement dans l’Église orthodoxe pour le conjoint victime de l'adultère de son partenaire. Le remariage est permis  si une sorte de mort frappe la vie du couple, par exemple, la folie incurable, la condamnation pénale avec incarcération ou réclusion à vie, la disparition d'un conjoint prouvée, qui dure de plus de cinq ans, etc.

L'Église ne prononce pas le divorce, mais elle accepte la possibilité. En pratique, la liturgie nuptiale du deuxième et du troisième mariage est différente et revêt un caractère pénitentiel.[10]

 

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[1]   Voir: CROUZEL, H., L’Église primitive face au divorce, Paris, Beauchesne, coll.   Théologie historique n°13, 1971, p. 332 ; Id., Mariage et divorce, célibat et caractères sacerdotaux dans l’Église ancienne, Turin, Bottega d’Erasmo, 1982 ; GAUDEMET, J., Le mariage en Occident. Les moeurs et le droit, Paris, Éd. du Cerf, coll. Histoire, 1987; Id., L’interprétation du principe d’indissolubilité du mariage chrétien au cours du premier millénaire », dans Sociétés et mariage, Strasbourg, 1980, p. 230-289.

[2]   MEYENDORFF, J., Marriage : an Orthodox Perspective, New Tork, St. Vladimir’s Press, 1975, p. 64; trad. fr. : Le mariage dans la perspective orthodoxe, Paris, Ymca-Press/O.E.I.L, 1986; K. WARE, L’Orthodoxie, l’Église des sept conciles , Paris, Éd. du Cerf -  2002.

[3]   VOGEL, C., Application du principe de l'économie en matière de divorce dans le droit canonique oriental, dans Revue de droit canonique, 1982, p. 100.

[4]   Le mot biblique condescendance exprime l'attitude  de Dieu - amour qui se penche sur sa créature blessée. Actuellement, en français il évoque un paternalisme un peu dédaigneux.

[5]   RODOPOULOS, P., (métropolite), L'économie dans le droit de l'Église Orthodoxe, dans Etudes. Canoniques, pastorales, liturgiques, oecuméniques et divers . Thessalonique, 1993, p. 231.

[6]   KNIAZEFF, A. Le sacrement de mariage, Paris, 1982,  partie II, dans son livre Chrétiens divorcés remariés, Paris, 1990, p.146. (Source: le texte de la préface du rituel).

[7]   Au VIème    siècle, par la Novelle 134 de l'année 542, l'empereur Justinian a recueilli les raisons de divorce les plus fréquents, qui sont acceptées par l'Église, parmi elles  retrouvent aussi le divorce par consentement mutuel. Ce divorce était limité au cas ou les époux décident ensemble de continuer indépendamment une vie ascétique. (Novelle 134, cap. 11 reprit par FLOCA Ioan, Canoanele Bisericii Ortodoxe, note si comentarii , Sibiu, 2005, p. 170).

[8]   MILAS, N., Canoanele Bisericii Ortodoxe insotite de comentarii, vol. I,  Arad,  1931, p. 465

[9]   HERKENROTH, J.,Die Etik Jesu, Duseldorf, 1926, p. 197.

[10]  NELIDOW, A., Caractère pénitentiel du rite des deuxièmes noces, dans A.M. TRIACCA - A. PISTOIA, éd., Liturgie et rémission des péchés. Conférences St-Serge, Rome, Éd. Liturgiche, coll.  Bibliotheca ‘Ephemerides liturgicae’ - Subsidia 3, 1975, p. 163-177.

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