A plusieurs reprises, le droit canon de l’Église orthodoxe aborde la question du remariage, que ce soit le remariage du clergé ou le remariage des laïcs.
Les canons qui confirment la possibilité de se marier religieusement pour la deuxième fois, voir, pour la troisième fois, sont les suivants:
1. Le premier canon du cinquième synode local de Laodicée, tenu en 343.
Par ce canon, les Pères conciliaires, à la lumière des conseils de l'apôtre Paul,[1] permettent le remariage, à condition que ce deuxième mariage soit conclu librement et légalement. Ils conseillent aux nouveaux remariés un certain temps de pénitence, par la prière et le carême, avant qu'ils puissent recevoir la communion eucharistique.
2. Les canons 4, 50, 80 de Saint-Basile-le-Grand[2]
Saint-Basile-le-Grand, expose dans son quatrième canon, les règles applicables à ceux qui se marient religieusement pour une troisième fois. Il recommande une période de deux, trois, voir, quatre ans de pénitence. Il appelle le troisième mariage: « polygamie », «dépravation». Selon lui, ceux qui ont conclu plus de deux mariages devant l'autel, ne sont plus dignes de s'appeler marie et femme. Ils doivent se repentir pendant deux, trois ans et seulement ensuite ils pourront habiter ensemble. Ils pourront aussi communier, mais seulement après une véritable reconversion.
Le deuxième mariage est là aussi pour éviter la dépravation sexuelle. Il reprend un verset scripturaire qui dit que « ceux qui ne peuvent pas s'abstenir, qu'ils se marient ». (1 Cor. 7,9) Le deuxième mariage est une indulgence, au sens oriental du mot, par rapport à la faiblesse humaine.
Le canon 50, qui aborde la question du troisième mariage, affirme que celui-là n'est pas légal et il ne doit pas être permis. Saint Basile le considère comme une souillure de l'Église. Ceux qui se marient pour une troisième fois ne doivent pas être soumis aux punitions ecclésiastiques publiques, mais à une période de pénitence de cinq ans. (Canon 4) Ils sont cependant admis aux moments de prières. Cette disposition est donnée en considérant que le troisième mariage est quand même préféré à la dépravation immorale. Autrement dit, il est plus sage d'admettre à quelqu'un de conclure un troisième mariage que de le laisser satisfaire ses désirs sexuels d'une manière désordonnée avec plusieurs partenaires. Le troisième mariage, déconseillé par les coutumes, reste un geste de tolérance et de miséricorde de la part de l'Église. Pour ceux qui se marient une troisième fois, à l'heure actuelle, dans certains lieux, il faut l'accord de l'évêque. À noter une attitude plus permissive dans le canon 50 par rapport au canon 4. Il passe d'un état de polygamie à un état de tolérance.
Le quatrième mariage est un péché très grave et il ne doit pas être accepté par l'Église sous aucune forme. (Canon 80)
Au long de l'histoire, il y a eu des personnalités importantes qui ont reçu un quatrième mariage. Au Xème siècle, par exemple, l'empereur Léon le Philosophe s'est marié quatre fois. Ses trois premières épouses sont décédées. Comme il n'avait pas de successeur, il a ordonné à un prêtre de le marier. La réaction du patriarche de Constantinople, Nicolae, a été immédiate. L'empereur a été excommunié et le prêtre a été exclu du clergé.
Une querelle a commencé et le patriarche a été remplacé et exilé en 908, lors d'un synode composé des partisans de l'empereur. Le nouveau patriarche, nommé Eutimiu, a reconnu le quatrième mariage de l'empereur, comme étant valide. À la mort de l'empereur Léon, son successeur, l'empereur Alexandre a convoqué un autre synode et a réintégré le patriarche Nicolae. Ce dernier a convoqué un synode en 920, qui a condamné les décisions du synode de 908 et a composé un « Tomos Unionis »[3]. Ce document représentait à l'époque, l'acte d'union et de reconnaissance réciproque entre l'Église et de l'État.
En ce qui concerne le contenu de ce Tomos, il est structuré en sept canons. Les trois premiers canons font référence à la question du remariage. Selon le premier canon, personne ne peut se marier quatre fois. Cependant, si cela arrive, la personne concernée n'est plus en communion avec l'Église. De plus, il lui est interdit d'entrer dans l'Église autant de temps qu'il reste dans une telle liaison illégale.
Le canon 2 accepté un troisième mariage seulement dans des cas bien déterminés: a) dans le cas d'une personne de 40 ans, sans enfants, le mariage est permis moyennant cinq ans de pénitence sans communier; b) dans le cas d'une personne de 40 ans, avec enfants, le remariage lui est interdit; c) dans le cas d'une personne de 30 ans, avec enfants, le remariage est permis moyennant quatre ans de pénitence sans communier; d) pour une personne de 30 ans , sans enfants, le remariage lui est permis moyennant une pénitence.
En conformité avec les canons de ce Tomos Unionis et selon les normes du droit canonique en vigueur, l’Église orthodoxe affirme que le troisième mariage est permis dans des cas exceptionnels et seulement avec une dispense de la part de l'évêque, alors que « le quatrième mariage est absolument interdit ».[4]
Le canon 53 expose le cas des femmes esclaves veuves qui mettent en scène un kidnapping en vue du remariage. Saint-Basile-le-Grand reconnaît la validité d'un tel mariage et insiste sur l'idée de la nécessité de faire de la pénitence, de la même manière que dans les cas d'un deuxième mariage.
3. Le canon 2 de Nichifor
Du texte de ce canon il ressort que seul le premier mariage est permis. Ceux qui se marient une deuxième fois, ou une troisième fois ne peuvent pas communier pendant deux et respectivement cinq ans. Afin de comprendre les dispositions du ce canon, il faut prendre en compte le rigorisme de l'Église concernant la possibilité d'un deuxième mariage.
Le même rigorisme est maintenu jusqu’au IXe siècle, au temps de Nichifor. Au XIIe siècle, cette appréciation de l'Église a changé définitivement en faveur du remariage. Dans une lettre envoyée par Nichita, métropolite d’Eracle, à un évêque nommé Constantin, il dit: « D'après l'enseignement juste de l'Église, ceux qui se marient une deuxième fois ne sont pas dignes du sacrement du mariage, mais dans l'Église constantinopolitaine cela n'est plus observé avec autant de rigueur, et même à ceux qui se marient pour une deuxième fois on leur pose sur la tête les couronnes pour les époux, seulement, ils ne doivent pas communier pendent un, voir deux ans et le prêtre ne doit pas participer à la fête de leur mariage».[5]
4. Le canon 19 de Jean
Ce canon repose la nécessité de la pénitence à l'occasion du deuxième et du troisième mariage, sur la base du canon 4 de Saint-Basile-le-Grand et change la durée de la pénitence de quatre à cinq ans pour ceux qui se marient une troisième fois.
5. Le canon 7 de Néocésarée
Le presbytère ne doit pas manger au mariage de ceux qui se marient pour la deuxième fois parce que la deuxième noce demande pénitence. Il est supposé que la présence du prêtre à un tel festin implique l'acceptation d'un mariage.
Le canon 12 de Saint-Basile-le-Grand dit que le clergé peut se marier une seule fois. Par ailleurs, dans le canon 17 il reprend ce canon et ajoute que seulement celui qui a été marié une fois peut devenir prêtre.
Selon la tradition canonique en rapport avec le mariage du clergé, les prêtres doivent se marier avant leur ordination, car après cela leur est interdit. En pratique, lorsque l’épouse d’un prêtre décède et que le prêtre est jeune, le remariage lui est permis. Les évêques, qui sont choisis exclusivement parmi les moines, ne peuvent jamais se marier.
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[1] Voir notamment les textes de Romains 7,31 et 1 Cor. 7,39
[2] Basile de Césarée, ou Basile le Grand, a vécu de 329 à 379 et il a été évêque dans sa ville natale. Il est l'un des plus importants Pères de l'Église d'Orient avec une oeuvre théologique très vaste.
[3] Cet acte est encore en vigueur dans l'Église Orthodoxe; il se traduit en français: Tome de l’union
[4] FLOCA, I., Canoanele Bisericii Ortodoxe, note si comentarii, Sibiu, 2005, p. 382
[5] FLOCA, I., op. cit., p. 498-499.

















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