Parlant de divorces, regardons maintenant une statistique révélatrice, concernant l'évolution du nombre des divorces :

Source: Conseil de l’Europe (2005) et calculs de l’auteur d’après les statistiques nationales
Sans entrer dans les détails, puisque ce n'est pas le lieu de le faire, nous observons qu'une telle figure qui représente l'augmentation du nombre des divorces est frappante. Voici un témoignage qui décrit bien la situation: « On se marie de moins en moins en Europe, la vie en couple sans mariage gagnant du terrain. Et on divorce ou on se sépare de plus en plus, pour éventuellement se remettre en couple une deuxième, voire une troisième fois. Derrière ces tendances communes, les contrastes entre pays demeurent importants: la cohabitation hors mariage et les ruptures d’unions sont ainsi très fréquentes dans le Nord de l’Europe, alors qu’au Sud et dans certains pays de l'Est, le mariage domine encore largement.»[1]
Par ailleurs, France Prioux affirme que les mariages qui sont précédés d'une cohabitation finissent deux fois plus souvent par un divorce, en comparaison avec les mariages sans cohabitation. Cela s'explique par diverses enquêtes qui révèlent qu'il y a deux « modèles » de mariage:
l le modèle traditionnel, dans lequel on se marie très tôt, sans cohabiter et on divorce peu
l le modèle moderne, dans lequel il y a une cohabitation nuptiale préalable, on se marie tard et on divorce plus vite.
Se marier jeune n'est pas en soi un gage de durée, mais il y a une mentalité, qui est en voie de disparition d'ailleurs, dans laquelle le divorce est presque exclu.
cohabitation nuptialle mariage divorce

Source: Revue de droit canonique, Strasbourg, 2005, tome 55/2, p. 425.
Nous constatons aussi une évolution dans la conception de la procréation et de l'acte sexuel. Un fait assez nouveau: la maîtrise de la procréation a son rôle actif dans l'évolution du mariage. C'est un fait de société, encadré et permis depuis une trentaine d'années, dans plusieurs pays du monde. Nous assistons en fait à une séparation entre la procréation et l'acte sexuel d'un homme et d'une femme.
Un acte sexuel est aujourd'hui défini, dans le langage usuel, comme « faire l'amour », ou « s'offrir mutuellement la tendresse », donc il n'y a pas de trace de procréation. L'acte sexuel n'est plus lié comme autrefois ni au mariage, ni à la procréation. En d'autres mots, le mariage n'est plus considéré, comme jadis, celui qui rend possible et qui autorise les relations sexuelles dans le but de concevoir des enfants. La liberté, dont les couples disposent aujourd'hui, fait en sort qu'ils peuvent avoir autant des relations sexuelles qu'ils veulent, afin de manifester leur tendresse, leur plaisir et seulement par après choisir, s'ils consentent, de faire des enfants ou pas.
Nos contemporains s'étonnent devant certains textes scripturaires qui ne parlent ni de relation, ni de couple, mais de répudiation en cas d'adultère et d'un éventuel second mariage.[2] Il arrive parfois qu'un conjoint accepte que son partenaire soit temporairement en adultère, pourvu que le couple tienne. Le comportement sexuel en lui-même n'est pas la seule cause d'une séparation. Ce qui pousse un couple à rompre le mariage, c'est le plus souvent, une altération des rapports entre les conjoints.
Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, l'enseignement officiel de l'Église considérait que le but premier du mariage était la procréation et l'éducation des enfants et deuxièmement, l'assistance mutuelle des époux. La question de l'amour dans le couple n'était pas mentionnée. Le concile Vatican II, dans sa Constitution pastorale « L'Église dans le monde de ce temps », apporte une nouveauté par le fait qu'elle aborde la question de l'amour conjugal duquel découle l'unité, la fidélité, la fécondité, etc. Le mariage est appelé : « communauté d'amour » (nº 47).
Pour conclure cet aperçu sur l'évolution du mariage, nous pouvons dire que l'Église triomphe actuellement sur la liberté de consentement des conjoints, mais elle perd sur la conception que les hommes et les femmes ont de l'indissolubilité et sur les formes du mariage.
3. L’Église catholique par rapport à l'échec du mariage
3.1 Le sacrement du mariage et son rapport au divorce
Les enseignements du Saint Augustin en matière du mariage, alors qu'elles sont fondamentales dans le droit canonique, expriment si fidèlement la position de l’Église catholique:
« C'est ce qui se passe dans l'union du Christ avec son Église : éternellement vivants l'un et l'autre, aucun divorce ne pourra jamais les séparer. La considération de ce sacrement est si grande dans la cité de notre Dieu, c'est-à-dire dans l'Église du Christ, que lorsque des fidèles ont contracté mariage, dans le but d'avoir des enfants, il n'est plus permis de laisser la femme, même stérile, pour en épouser une autre féconde. Que si quelqu'un le fait, il ne sera pas condamné sans doute par la loi de ce siècle, où, moyennant la répudiation, il est concédé que, sans délit, on convole à de nouvelles noces, chose que le saint législateur Moïse avait, lui aussi, permise aux israélites à cause de la dureté de leurs coeurs ; mais, suivant la loi de l'Évangile, celui qui se comporte de la sorte est coupable d'adultère, comme sa femme le sera aussi si elle en épouse un autre. » [3]
Selon le code de droit canonique de 1983, le mariage est « l'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. »(Canon 1055, §1).
«Cependant, malgré les efforts que fait l'Église, un nombre croissant de mariages se solde par un échec pour les raisons suivantes : mariage prématuré et immaturité du couple; manque de préparation pour élever et éduquer les enfants; crises affectives jointes à un manque de soutien de la part de la communauté, à l'intrusion injustifiée de parents et d'amis; stress causé par les difficultés financières et la tension dans le travail; le chômage; la transformation des rôles basés sur la différenciation sexuelle ; les mœurs sociales permissives, etc. »[4]
Le divorce est malheureusement une des plaies des sociétés modernes, plaie qui questionne particulièrement la foi chrétienne étant donné que le divorce signe une faillite de l’amour ou du moins d’un projet d’amour. Cette recherche s'impose vu le nombre croissant des divorces. Le fait est là, l'Église doit agir.
Après un divorce, nombreuses problématiques surgissent : celle du remariage, de l'accueil et l'accompagnement des personnes remariées, de la communion eucharistique, du sort des enfants nés issus d'un tel mariage, etc.
Il est indiscutable le fait que la plupart des auteurs cherchent à éviter la rigueur du droit canonique catholique pour les personnes qui soit apparaissent vraisemblablement comme des victimes, soit manifestent leur sincère repentance et veulent pouvoir recevoir l'eucharistie.
Certains évêques ont proposé des solutions,[5] notamment les trois évêques allemands du Rhin supérieur en 1993, qui ont suggéré de résoudre le problème par l’appel à la conscience personnelle. Cette proposition pose la question de l'admission des exceptions à la norme ecclésiale sur le fondement de « l'épikie » et de « l'équité canonique ». Ces principes, juridiquement parlant, peuvent motiver une décision de la conscience qui s'éloignerait de la norme générale.[6]
L’Église catholique accepte la séparation des corps lorsque le maintien de la vie commune s'avère trop difficile, voire intolérable.
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[1] PRIOUX, F., Vivre en couple, se marier, se séparer : contrastes européens, dans Populations et sociétés, n° 422, 2006 - consultation libre sur http://www.ined.fr
[2] Pour présentation simple des passages évangéliques concernant le mariage et le divorce voir: DINGEMANS, L., Jésus face au divorce, Bruxelles - Namur, Éd. Racines - Fidélité, 2004.
[3] Voir: Saint Augustin, De nuptiis et Concupicentiae , I 1, ch X.
[4] Synode des évêques, assemblée spéciale pour l'Océanie, 1997. Source: -http://www.vatican.va
[5] On peut citer notamment, en France, les publications de Mgr THOMAS, évêque de Versailles : Avec nos frères et sœurs blessés dans leur amour, 2 parties, 1997 ; de Mgr MOLERES, évêque de Bayonne : Dossier pastoral : Mariage : préparation, accompagnement, échec, 1997 ; de Mgr GARNIER, évêque de Cambrai : Quand des personnes divorcées, à l’occasion de leur remariage civil, demandent ‘quelque chose à l’Église, 2003 (cf. La Maison-Dieu 244, 2005/4, p. 115-124) ; de Mgr DORE, évêque de Strasbourg : Orientations pour une pastorale des personnes divorcées et divorcées remariées, dans L’Église en Alsace. La vie diocésaine, juin 2004, p. 23-27 ; de Mgr SIMON, évêque de Clermont-Ferrand, Pour l’accueil et l’accompagnement des personnes séparées, divorcées et divorcées remariées, Guide pastoral, avril 2004. Pour le monde germanique, consulter HARANT, F., In zweiter Ehe neu beginnen. Segensfeier bei Wiederheirat, dans Diakonia 33, 2002/1, p. 31-37 (source bibliographique recommandées par Paul de Clerck.)
[6] Lettre pastorale des évêques allemands du Rhin supérieur, Le respect de la décision prise en conscience, dans DC 90, 1993, n° 2082, p. 986-994.

















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