Quand il s'agit d'un divorce, la position de l'Église est intransigeante : il est interdit de se remarier. Par le divorce, le lien sacré du mariage n'est pas rompu, en conséquence ne peut pas faire un second mariage. Ceux qui, étant divorcés, ne concluent pas un deuxième mariage civil, ont accès à tous les sacrements de l'Église et donc peuvent communier. Les personnes qui se remarient civilement restent membres de l'Église, mais sans pouvoir recevoir la communion eucharistique.
Depuis les quarante dernières années, l'Église a demandé qu'un accueil des divorcés et des divorcés remariés soit fait dans la communion de l’Église. Pour ce faire, il convient de rappeler aux communautés chrétiennes le message de l’Église à ce sujet, en faisant référence notamment, aux derniers discours du pape Jean Paul II en septembre 1996 à Sainte Anne d’Auray : L’Église a aussi le souci de ceux qui sont séparés, divorcés et divorcés remariés, ils restent membres de la communauté chrétienne. En effet, ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie (« Familiaris consortio » n°84), tout en accueillant dans la foi la vérité dont l’Église est porteuse dans sa discipline du mariage». Et à Tours : « Tout être meurtri dans son corps ou dans son esprit, toute personne privée de ses droits les plus élémentaires, est une vivante image du Christ».
Chaque assemblée dominicale aura donc à coeur d’accueillir pleinement ces personnes en les invitant à participer à sa vie. (catéchisme, équipe liturgique, aide social et pastoral, etc.) Le service de pastorale familiale de chaque évêché traite cette question plus profondément dans le cadre des dialogues avec l’évêque. Je note au passage que différents groupes théologiques et laïques ont écrit des documents révélateurs, par exemple, le groupe de Joigny en 1994 : « Divorcés, divorcés remariés». Par ailleurs, certains théologiens reprochent en quelque sorte la facilité avec laquelle l'Église accueille au mariage sacramentel et la sévérité avec laquelle elle fait preuve, en cas d'échec.
Dans le livre « Lettre aux divorcés », Michel Martin Prével (accompagnateur auprès de couples en difficulté et de divorcés), aborde à partir de nombreux témoignages, le sujet si délicat du divorce. Il rappelle le message d'amour et de vérité de l'Église face à une situation toujours douloureuse. Ce rappel rassure les âmes troublées par une difficile condition. Cette " lettre aux divorcés " évoque les questions du pardon, de la fidélité, des enfants, des souffrances spécifiques d'une telle séparation, à la lumière des enseignements de l'Église. Elle évoque aussi la participation à la table eucharistique, et ce à quoi la sagesse divine invite alors. Ces pages sont une véritable ouverture à la miséricorde, et ne peuvent que manifester la tendresse divine pour ceux et celles qui souffrent d'une séparation qui touche le coeur de Dieu avant même de blesser celui du couple.
L’évêché catholique de Sens-Auxerre dans ses Orientations diocésaines pour la pastorale du mariage parle de la possibilité d'un « temps de prière » dans le cas des unions matrimoniales dont un des conjoints est divorcé.
Une nouvelle union religieuse ne peut être célébrée par l'Église. Il est possible néanmoins de prier avec ce couple. Pour éviter toute confusion entre cette prière et une célébration de mariage, on devra respecter les points suivants : Ne pas faire cette célébration à la suite du mariage civil. l N’inclure dans la célébration ni remise ni bénédiction des alliances, ni échange de consentement ou dialogue similaire. Ce temps de prière peut être animé par un laïc baptisé. Une telle prière ne peut pas prendre la forme d’une célébration qui présenterait les signes extérieurs d’un mariage sacramentel. Par respect de la cohérence entre les deux sacrements de l’Alliance, l’eucharistie et le mariage, l’Église catholique leur propose différents modes de participation à sa vie ainsi que des moyens d’accompagnement pour un cheminement spirituel.
Mgr Elias Zoghby, vicaire patriarcal melkite d’Égypte, a proposé, dans la séance générale du concile Vatican II, du 29 septembre 1965, que l’Église catholique accepte une dispense de l’indissolubilité en faveur du conjoint innocent: «Il est un problème plus angoissent encore que celui de la limitation des naissances: c'est le problème du conjoint innocent qui, à la fleur de l'age et sans aucune faute de sa part, se trouve définitivement seul, par la faute de l'autre. Peu de temps après un mariage qui paraissait heureux, l'un des époux, par faiblesse humaine ou avec préméditation, abandonne le foyer conjugal et contracte une nouvelle union.[...]
L'Église a-t-elle le droit de répondre à un fidèle innocent, quelle que soit la nature du problème qui le torture: « Débrouillez-vous, je n'ai pas de solution pour votre cas »? Ou bien l'Église ne peut-elle apporter dans ce cas qu'une solution exceptionnelle qui n'est faite que pour des êtres exceptionnels? L'Église a certainement reçu du Christ l'autorité suffisante pour offrir à tous ses enfants les moyens de salut proportionnés à leurs forces aidées de la grâce divine. L'héroïsme, l'état de perfection n'ont jamais été imposés par le Christ sous peine de perdition: « Si tu veux être parfait, etc. », dit le Christ. L'Église ne peut donc pas manquer de l'autorité suffisante pour protéger le conjoint innocent contre les conséquences du péché de l'autre conjoint. Il ne semble pas normal que la continence perpétuelle, qui tient de l'état de perfection, puisse être obligatoirement imposée comme un châtiment à un conjoint innocent parce que l'autre conjoint a trahi.
Les Églises orientales séparées de Rome ont toujours eu conscience d'avoir cette autorité et elles l'ont toujours exercée en faveur du conjoint innocent. Le lien matrimonial a certes été rendu indissoluble par la loi positive du Christ, mais comme l'indique l'Évangile de Mathieu (5, 32 et 19,6), « sauf en cas d'adultère ». C'est à l'Église de juger du sens de cette incise: si l'Église de Rome l'a toujours interprétée dans un sens restrictif, il n'en fut pas de même en Orient, où l'Église l'interprète dès les premiers siècles en faveur du remariage possible du conjoint innocent. [...] Nous savons combien les Pères de l'Église d'Orient essayent de détourner les veufs et les veuves de secondes noces, suivant en cela le conseil de l'Apôtre; mais jamais ils n'ont voulu de priver le conjoint innocent, injustement abandonné, du droit de se remarier.
Cette tradition, conservée en Orient, et nullement réprouvée pendent dix siècles d'union, pourrait aujourd'hui être reprise et adoptée par les catholiques. Le progrès des études patristiques a mis en relief, en effet, la doctrine des Pères orientaux qui n'était ni moins bons exégètes ni moins bons moralistes que ceux d'Occident. Le souci pastoral pour les époux éprouvés s'est manifesté chez les canonistes occidentaux d'une autre manière. Ils se sont appliqués par une casuistique subtile, qui frise parfois l'acrobatie, à détecter tous les empêchements capables de vicier le contrat de mariage. Ils l'ont fait certainement par souci pastoral, mais il en résulte parfois un certain détriment pour les âmes. Il arrive par exemple qu'après dix ou vingt ans de mariage on découvre des empêchements d'affinités jusque-là insoupçonnés qui permettent de tout résoudre comme par enchantement. Les juristes trouvent cela naturel et normal, mais nous devons reconnaître, nous, pasteurs, que nos fidèles sont parfois stupéfaits et scandalisés. La tradition des Pères orientaux, citée plus haut, n'est-elle pas plus apte que ces empêchements de mariage à l'exercice de la miséricorde divine vis-à-vis des époux chrétiens? [...] ».[1]
Il est regrettable que l’Église catholique inflige sa position restrictive aux conjoints célibataires qui épousent quelqu'un qui est divorcé(e). L'échec matrimonial a été remis en question par l'Église pour mieux comprendre et assister moralement les couples en difficulté. Dans la Bible, à maintes reprises, Dieu accorde sa miséricorde. Le pardon est un sacrement de l'Église. Alors que Pierre, la femme adultère, le bon larron, le fils prodigue, les bourreaux de Jésus ont été pardonnés, les séparations des conjoints devraient recevoir la miséricorde par un accompagnement fraternel en vue d'une réconciliation sacramentelle avec l'Église et aussi avec Dieu. Un deuxième mariage devrait être possible ainsi que la participation à la communion eucharistique, estime Paul de Clerck.[2] Les divorcés remariés sont appelés: « pécheurs publics ».[3] D'après les canonistes, « cette expression est à prendre avant tout d'après l'usage et la doctrine ». [4] Ce syntagme est maintenant une notion relative. Dans le passé, la question des divorces remariés provoquait un scandale, alors que ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Lors du colloque de Louvain, Paul de Clerck a approfondi sa réflexion qu'il a commencée quatre ans avant, dans un article de la « Revue théologique de Louvain », intitulé « La réconciliation pour les fidèles divorcés remariés ».[5] Paul de Clerck dit: « Je ne cache pas le malaise que je ressens comme théologien, c’est-à-dire comme une personne particulièrement chargée de la réflexion sur la vie de l’Église, devant la manière dont l’Église catholique se situe face au divorce. Suivi d’un remariage, en effet, il est actuellement le seul cas de sanction publique où la réconciliation avec l’Église, sacrement de salut, est dite impossible. Si un(e) catholique prend une décision de nature économique ou financière qui asphyxie un pays ou un continent entier, il ne sera l’objet d’aucune sanction ; et s’il se convertit et demande la réconciliation ecclésiale, elle lui sera accordée - très heureusement !
Car, comme le dit le proverbe : « À tout péché miséricorde ». Ce n’est pas le cas d’une personne catholique qui divorce et se remarie. N’y a-t-il pas là une forme d’injustice ? Cette discipline pouvait être reçue lorsque le nombre de divorces était faible. Aujourd’hui qu’il atteint - malheureusement - de nombreux couples, même chrétiens et catholiques, ne convient-il pas de s’interroger ? C’est la question qui est à la racine de cette recherche ».[6] L'échec d'une grande partie des mariages est dû principalement à l'immaturité de l'engagement. Heureusement, après divorce, la plus grande partie des personnes concernées progresse vers une maturité humaine et chrétienne.
Il faut que nous soyons objectifs et comprendre l'état de la situation. De par les droits que la société civile offre aujourd'hui aux personnes mariées, de par la tradition familiale, de par le manque d'intérêt des jeunes pour la vie chrétienne authentique, il n'est pas un secret pour personne que ceux qui veulent remarier civilement, il le font malgré la position de l'Église qui n'accepte pas le remariage. L'attitude actuelle de l'Église, aussi louable que soit-elle d'un point de vue théologique, risque d'enfermer les divorcés dans leurs échecs au lieu de les aider à le dépasser. Parler de la « théologie de la Croix »[7], par exemple, à un divorcé innocent non pratiquant qui vient demander le remariage religieux, il est synonyme pour lui, je dirais, à: « même étant innocent, tu dois porter ta Croix, ton premier mariage est indissoluble donc l'Église n'accepte pas le remariage, parce que.... ».
Si par amour pour le monde, notre Seigneur Jésus l'a fait, je pense qu'il y a des risques que le divorcé innocent cherche un meilleur accueil ailleurs, dans une autre confession ou même autre religion. Les occupations propres à chacun, une société laïque plurielle et beaucoup d’autres facteurs, révoltent intérieurement les baptisés ou les rendent de moins en moins sensibles à la pastorale de l'Église sur le remariage. Avec un oeil critique, un orthodoxe considère anormal l’attitude de l’Église catholique de permettre la communion à des personnes divorcées qui vivent en concubinage, et l’attitude de ne pas permettre la communion à un couple remarié. Or, ce dernier, par son remariage veut justement monter à la société et à l'Église, que malgré un échec dans sa vie, il est engagé dans un projet sérieux, non pas dans une aventure sans lendemain, comme nous avons l'habitude de voir assez souvent, dans le cas des concubinages.
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[1] Mgr Elias Zogbhy, lors de la 138ème congrégation générale du concile Vatican II, le 29 septembre 1965, Cf. DC 1965, 1901-1904.
[2] Je m'inspire d'une intervention de Paul de Clerck [professeur de l'Institut Catholique de Paris, directeur de la rédaction de la revue La Maison-Dieu], lors du colloque Mariage, divorce, remariage, qui a eu lieu à Leuven, en Belgique, au mois d'avril 2005.
[3] « La notion de péché public connote non seulement une action ou une omission tenue pour gravement peccamineuse, mais encore le côté public de cette conduite chrétiennement indigne et bien plus, la permanence de cette situation déplorable. Est tenu pour pécheur public le catholique qui, dans le lieu ou le milieu chrétien où il se trouve, est communément regardé comme vivant dans un état de grave péché. Le divorcé qui se remarie civilement dans son petit village, au vu et su de tout le monde, s'y trouve effectivement connu comme pécheur public». LEGRAIN, M., Les personnes divorcées remariées, Paris, 1994, p. 166-167.
[4] Dictionnaire de Droit canonique, t. VI, col. 1286
[5] La réconciliation pour les fidèles divorcés remariés, dans Revue théologique de Louvain 32, 2001/3, p. 321-352. Résumé espagnol : La reconciliación para los fieles divorciados vueltos a casar , dans Selecciones de teologia 41, n° 164, 2002, p. 314-328, et anglais : Reconciliation for divorced and remarried believers, dans Theology Digest 49, 2002/3, p. 217-225. Des formes réduites de cet article ont paru dans Les fidèles divorcés remariés et leur réconciliation avec l’Église, dans Intams 8, 2002/2, p. 165-177, et dans La réconciliation des divorcés : vers une solution ?, dans L.-M. CHAUVET, dir., Le sacrement de mariage entre hier et demain, Paris, L’Atelier, coll. Vivre, croire, célébrer - Recherches, 2003, p. 291-299.
[6] DE Clerck, P., op. cit.
[7] BOURGY P., DOGEMANS L., Le mariage des divorcés, Cerf, Paris, 1978, p. 53.

















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