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La période socialiste en Roumanie
Après les conférences de Yalta et de Postdam (1945), la Roumanie est placée sous l'influence de l'URSS. Dès les premières élections libres en 1945, le gouvernement élu est remplacé par celui du communiste Groza, sous la pression de l'URSS. Le roi Michel abdique en 1946 et les leaders politiques sont arrêtés.
Le 13 avril 1948 est proclamée la République Populaire Roumaine. Dès lors, la Roumanie socialiste présente un profil similaire à celui des autres démocraties populaires : toute-puissance du parti unique, économie planifiée, collectivisation. Les années 1950 sont marquées par l'industrialisation du pays, impulsée par le Parti Ouvrier Roumain, la collectivisation des terres et la forte censure politique. Les entreprises industrielles, les mines, les banques et les transports sont soumis à une économie planifiée.
En 1955, la Roumanie intègre le Pacte de Varsovie et devient une République Socialiste. Bien que dès la mort de Staline (mars 1953), les dirigeants roumains envisagent de privilégier l'intérêt national, la Roumanie aligne sa politique étrangère sur celle de l 'URSS et coopère pleinement au Kominform, au COMECON et au Pacte de Varsovie : soutien à Moscou contre Tito, contre la révolte de Budapest en 1956, russification de la culture...
A partir de 1962, la Roumanie refuse de s'aligner sur les positions de l'URSS en matière de politique internationale et maintient ses relations avec la Chine et Israël. N. Ceausescu succède en 1965 à Gheorghiu-Dej au poste de Secrétaire général du Parti Communiste roumain. Il mène une politique étrangère indépendante des buts soviétiques, mettant en avant l'intérêt national. En 1968, les troupes roumaines n'interviennent pas avec celles du Pacte de Varsovie à Prague, et l'intervention est condamnée par Ceausescu.
La Roumanie multiplie ses liens avec l'Occident et fait appel aux capitaux étrangers pour développer l'industrialisation. En 1972, elle adhère au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale. Si la politique étrangère de Ceausescu fut par certains qualifiée de responsable et de pragmatique, sa politique intérieure prit en revanche les traits d'un régime dictatorial. La dictature de Ceausescu Au niveau intérieur, l'ordre, la sécurité et un niveau de vie en progrès donnent au nouveau chef de l'Etat un certain soutien dans la population. Le culte de la personnalité se développe envers le Conducator, "génie des Carpates", "fils le plus aimé de la nation" et "resplendissant militant révolutionnaire".
En 1974, Nicolae Ceausescu devient Président de la République. Disposant d'un pouvoir absolu, il met en place avec son épouse Elena une dictature personnelle. Le nationalisme exacerbé réduit les différends entre les provinces et les opposants sont poursuivis. Les Roumains sont soumis à la systématisation et à l'uniformisation du pays. La population est durement contrôlée par la police secrète (la Securitate, la plus crainte des polices secrètes des pays de l'Est) et par le gouvernement. La Roumanie pratique une politique linguistique ultra- nationaliste et anti-hongroise. Les centres culturels, les théâtres, l'université et les écoles de langue hongroise sont progressivement fermés, les échanges culturels avec la Hongrie fortement réduits, et l'emploi des noms hongrois des villages roumains habités par les minorités interdit en avril 1988.
La faillite du modèle économique imposé par Ceausescu
Selon la vision de N. Ceausescu, la Roumanie devait se doter d'une industrie forte, d'employés qualifiés et d'une agriculture productive. L'industrie lourde est privilégiée avec le déplacement des populations des campagnes vers des habitations urbaines bétonnées, celui-ci étant accompagné de la destruction des villages et des Églises.
Cependant, le pays, qui s'est lancé dans l'industrialisation sans disposer des ressources énergétiques suffisantes et avec une faible productivité du travail, subit de plein fouet les deux chocs pétroliers des années 1970. Le niveau de vie plonge dramatiquement et donne lieu à des pénuries de nourriture, d'énergie, d'eau chaude, de médicaments, d'essence, d'électricité... Durant les dernières années où Ceausescu était au pouvoir, même les denrées de base manquaient et la viande était particulièrement rare.
Face à la crise, le régime pratique la fuite en avant et le renforcement du contrôle de la population. Ceausescu choisit l'autarcie comme modèle économique, avec comme objectif de rembourser toutes les dettes extérieures, au détriment de l'investissement domestique et du bien-être du peuple. Il décide la destruction d'une partie du vieux Bucarest et la relocation de ses habitants dans des blocs de béton pour construire son palais et « le petit Paris », oeuvre gigantesque qui a impliqué l'armée et 17000 ouvriers pendant plus de deux ans et a épuisé les ressources du pays (marbre, bois, cristal, tapisserie...).
Après 1985, la Roumanie ignore le choc de la perestroïka. En novembre 1989, période d'effondrement des régimes socialistes, Nicolae Ceausescu est réélu à l'unanimité du XIVe congrès du Parti communiste au titre de secrétaire général du PC. A la suite des manifestations de Timisoara du 17 décembre 1989 en faveur d'un pasteur hongrois, Laszlo Tökes, des manifestations gagnent le pays et prennent un caractère anti-gouvernemental. Des émeutes éclatent à Timisoara, Arad, Brasov puis Bucarest. Dans un premier temps, l'armée exécute les fauteurs de trouble, puis, face à l'ampleur du mouvement, fraternise avec les manifestants. N. Ceausescu cherche à contrôler la situation en s'adressant directement à la foule le 21 décembre. Conspué par le peuple, il cherche à s'enfuir du pays, mais est arrêté avec sa femme. Ils sont jugés par un tribunal anonyme, déclarés coupables, condamnés à mort et exécutés le 25 décembre.
La transition politique des années 1990 en Roumanie Une violente et meurtrière insurrection, soutenue par l'armée et faisant plus de mille cinq cent morts, renverse le régime de Ceausescu. Le conducator est exécuté le jour de Noël 1989. Ce procès expéditif permit à l'opposition, qui préparait un coup d'Etat depuis quelques mois, de sauver certains anciens membres du Parti Communiste, qui auraient été compromis en cas de procès normal. Le rôle d'Iliescu, de la Securitate, de l'armée et peut-être des Soviétiques, reste ambigu.
La Roumanie voit son pouvoir exécutif exercé à partir du 1er février 1990 et de manière intérimaire par le Conseil Provisoire de l'Union Nationale (CPUN), composé principalement du Front de Salut National (FSN), un ancien parti traditionnel ayant disparu sous le communisme. La Roumanie redevient une démocratie parlementaire avec les premières élections libres de mai 1990. Ion Iliescu, dirigeant du FSN, est élu Président de la République et Petre Roman devient Premier Ministre.Tous deux étaient d'anciens hauts dignitaires communistes. Les troubles liés aux luttes pour le contrôle du pouvoir se poursuivent en 1990-1991.
Elles opposent alors des factions rivales, plus ou moins issues des anciennes couches dirigeantes, et qui ne veulent pas perdre le pouvoir qu'elles avaient acquis sous le communisme. Ion Iliescu est réélu en 1992. Après diverses situations difficiles, Petre Roman passe à l'opposition. Ion Iliescu perd la majorité parlementaire lors des élections locales et législatives de 1996, et le candidat de la Convention démocratique de Roumanie (CDR), Emil Constantinescu, lui succéde à la présidence de la République. Emil Constantinescu est un géologue réputé mais sa méconnaissance de la politique apparaît rapidement. Sa coalition de droite autoproclamée démocrate-chrétienne, mais en réalité de tradition agrarienne au sens de ce terme dans l'entre-deux-guerres, ne fut pas en mesure de prendre de réelles initiatives politiques. Rapidement, le Gouvernement cède aux pressions revendicatives des grévistes opposés aux réformes.
Les grands dossiers économiques (restructuration de l'industrie lourde), juridique (législation sur la propriété privée) ou sociaux (les enfants des rues, les chiens errants dans Bucarest) n'avancent pas. Lorsque le gouvernement du chrétien-démocrate Radu Vasile s'efforce d'accélérer les privatisations, il se heurte aux querelles politiques de la coalition. Celle-ci réunit les sociaux démocrates de Petre Roman, qui vise les élections législatives de l'an 2000, les libéraux, qui n'ont pas de programme politique et les représentants de la minorité hongroise, dont les revendications sont essentiellement ethniques. Le président Constantinescu renonce à se représenter en 2000 et son parti démocrate-chrétien ne gagne pas un seul siège au nouveau Parlement. Ion Iliescu et le « Parti de la Démocratie Sociale en Roumaine » (PDSR) retrouvent la direction de l'état, lors d'élections marquées par une forte poussée de l'extrême droite.
La mise en place de nouvelles libertés publiques Après la chute du régime de Ceausescu en 1989, la Roumanie rétablit peu à peu les libertés publiques fondamentales. En 1991, le pays se dote d'une constitution inspirée de celles des pays occidentaux. Sous la pression des partis d'opposition, le multipartisme et la liberté d'expression sont réintroduits. Deux cent partis politiques de divers horizons sont enregistrés au début des années 1990, mais seul un petit nombre d'entre eux joue un véritable rôle sur la scène nationale. Un nombre record de dix partis politiques obtinrent des vois aux dernières élections, ce multipartisme rendant cependant difficile la mise en oeuvre de réformes importantes.
En 1989, le Front du salut national condamne la politique des minorités de Ceaucescu et rétablit les droits nationaux individuels et collectifs. Désormais, une quinzaine de petites minorités nationales ont droit d'office à un député chacune : les Ukrainiens, les Russes, les Serbes, les Croates, les Slovènes, les Turcs, les Tatars, les Slovaques, les Tchèques, les Roumains, les Grecs, les Arméniens, les Polonais et les Lipovans (ou Russes lipovans). L'ensemble des minorités nationales est représenté par quarante sièges à la Chambre des députés et onze sièges au Sénat, ce qui équivaut à ce que les minorités représentent proportionnellement dans la population (11 %).
D'autre part, les membres des minorités nationales peuvent se faire élire lors des élections locales à des postes de maires, de conseillers municipaux ou de conseillers de comté. Dés le début des années 1990, le téléphone, le télégraphe, la télévision et la Poste se répandent. Le nombre de journaux quotidiens passe de trente-six à soixante-cinq. Cependant, le retour à la démocratie fut à certains égards ralenti par le pouvoir en place, avec par exemple l'interdiction de la manifestation anti-communiste organisée par l'Alliance Nationale (regroupant l'opposition) ou le refus, par crainte d'un possible retour à une monarchie constitutionnelle, d'un visa au roi Michel de Roumanie en 1993 et 1994.
Certains représentants des minorités estiment que la Roumanie est un "état unitaire" qui pratique le "nettoyage ethnique", bien qu'il n'y ait pas d'effusion de sang. Ils demandent au gouvernement la modification de la Loi sur l'éducation afin de la rendre compatible avec leurs aspirations. Dans un autre domaine, l'homosexualité fut longtemps considérée en Roumanie comme un délit par le code pénal, preuve des difficultés du pays à intégrer certaines valeurs européennes. Selon diverses organisations de défense des droits de l'homme, les conditions de vie dans les prisons s'améliorent lentement. Il reste également à effectuer des progrès dans la démilitarisation de la police et dans le cas de traitement inhumain et dégradant.
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