Beaucoup de sites, même les plus complets, sur la Roumanie hésitent
à parler des roms (appelés aussi tsiganes, gitans, bohémiens, gypsies,
etc..), c'est un sujet tabou, un sujet qui fâche, et pourtant bien réel,
mais la plupart des roumains ont peur d'y être associés et que l'Europe
fasse un amalgame. Car officiellement, les roms représentent environ
400.000 personnes, soit moins de 2 % de la population. Leur nombre réel
est en fait probablement supérieur à un million de personnes, ceux-ci
s'étant le plus souvent déclarés roumains, hongrois ou turcs lors des
recensements ou n'ayant pas été comptabilisés lors du recensement, en
l'absence de papiers d'identité.
Représentés au Parlement, mais souvent haïs de la population locale, ils
parlent encore fréquemment le romani qui est en partie dérivé du sanscrit
car ils sont originaires de l'Inde. Aujourd'hui, ils vivent dans des
"villages rom" ou sont semi-nomades, c'est-à-dire qu'ils s'installent
périodiquement dans un endroit donné pour pratiquer leur métier. Leur
situation s'est fortement détériorée depuis la fin du communisme. Une
partie des enfants ont quitté l'école et les adultes ont été très durement
touchés par le chômage. Une partie des roms se sont intégrés à la société
roumaine, mais les autres sont contraints à la pauvreté, la délinquance
juvénile, la criminalité chez les hommes et la mendicité des femmes. Les
habitats sont précaires, et ils connaissent hélas le non accès aux soins,
la discrimination à l'emploi et à la scolarisation des enfants.
Les tsiganes sont divisés en plusieurs groupes, d'après leur métier
traditionnel. Les lautari sont les musiciens. La vie ici tourne autour de
la musique. Les garçons, jamais les filles, qui se consacrent au chant
apprennent à jouer d'un instrument dès leur plus jeune âge. Ce sont les
parents qui apprennent le métier aux enfants. Après des heures de pratique
quotidienne pendant des années, des enfants de 7-8 ans arrivent à une
maîtrise étonnante de l'instrument, le plus souvent le violon. Aucun
d'entre eux ne sait lire une partition. Les chansons se transmettent
depuis des générations "à l'oreille". Adultes et enfants forment des
orchestres et jouent dans les fêtes pour gagner leur vie. Aucun autre pays
d'Europe ne dispose d'autant de musiciens de villages. Hélas, sous l'effet
des modes affluant depuis 1990, ils sont de plus en plus écartés des
noces, leur gagne-pain, au profit des disco mobiles. Ce patrimoine
exceptionnel va disparaître dans les années à venir. Souvent, les roms
sont les derniers à maintenir des traditions dont les autres ne veulent
plus...
Les tsiganes forment un peuple indo-européen. Il s'agit des Kshattriyas
qui, venus du nord de l'Inde, sont arrivés en Grèce au IXème siècle. Puis,
au XIIIème siècle, les Rajputs les ont rejoints. Ensemble, ils ont formé
la Romani Cel – le peuple tsigane – d'où leur surnom de "Romanichels",
mais ils se nomment eux-mêmes Romané Chavé, c'est-à-dire "fils de Ram"
(héros de l'épopée indienne Ramanaya). Comme les tsiganes n'ont pas d'état
propre, ils sont dispersés non seulement à travers l'Europe, mais aussi en
Amérique (Argentine, Brésil, Colombie, états-Unis). Bien qu'il n'y ait
aucun recensement sur leur population, on estime leur nombre à environ 80
millions, mais la quasi-totalité des tsiganes ont perdu l'usage de leur
langue ancestrale et se sont assimilés à leur pays d'accueil.
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